Non classé

Vous vous dites : « A quoi ça sert la poésie ? »

A quoi ça sert la poésie ? Ça sert à voir plus loin, plus profond dans l’obscur. A marcher tête haute dans l’inconnu. A apprivoiser la nuit qui est en soi et quand on a apprivoisé la nuit on n’a plus peur des faux monstres ou du moins on sait en déjouer la menace. ça sert à savoir que rien, être ou chose, n’a un sens définitif, que rien n’est simple et que cette complication est une chance.

A savoir que ce qui est visible ne vaut que par l’invisible qu’il porte. Bref, ça sert à grandir à ne jamais cesser de grandir, d’agrandir sa compréhension du monde. « La poésie est un extraordinaire accélérateur de la conscience » disait le poète argentin Roberto Juarroz.

Je vous conseille d’oublier tout ce que vous croyiez de la poésie jusqu’à maintenant, qu’un poète c’est forcément ci ou ça, de la rime, des vers bien balancés, de jolis mots, des sentiments tristes, qu’il faut l’apprendre par coeur, le décortiquer comme un crabe, l’analyser pour isoler le virus. Ce-que-le-poète-a-voulu-dire, j’en passe et des pires.

Il y a autant de sortes de poèmes que d’espèces animales sur la planète. La poésie est une invention perpétuelle de formes neuves, inattendues, imprévues… Comprendre un poème c’est accepter ses mystères, accepter de ne pas tout comprendre, qu’il porte en lui des choses qu’on ne comprendra peut-être jamais. Et c’est tant mieux . Est-ce qu’on peut aimer quelqu’un qui n’a plus de mystères pour nous ?

« Les poètes sont nos meilleurs guides. Le lecteur de la poésie n’analyse pas il fait le serment à l’auteur son proche de demeurer dans l’intense. » (Yves Bonnefoy)

Il faut converser avec la poésie et dans cette conversation intérieure vous avez tous les droits : ceux de l’amour, de l’antipathie, de la colère, du refus, de l ‘incompréhension. Lisez, lisez, relisez, faites-vous lire des poèmes, sans vous poser de questions – elles viendront bien toutes seules et la plupart n’auront pas de réponse !

Est-ce que vous n’aimez pas passionnément la vie avec ses mille questions non résolues ?

Faites confiance : il y quelque part, qui n’attend que vous, le poème de Villon, Ronsard, Hugo, Hikmet, Chedid, Cendrars, Vigny, Eluard, Apollinaire…. je ne sais pas… mais je sais que ce poème (en ce temps de confinement), vous comprendra comme on vous a rarement compris, qu’il vous mènera vers les autres, et désormais vous ne pourrez pas plus vous passer de poésie qu’un myope de lunettes.

Extrait du recueil de Jean-Pierre Siméon « Aïe ! Un poète »

Non classé

La poésie rend libre (ou comment survivre au confinement)

Confinement jour 9

Dis-tance des verstes, des milliers…

On nous a dis-persés, dé-liés 

Pour qu’on se tiennent bien : trans-plantés 

Sur la terre à deux extrémités.

Dis-tance des verstes, des espaces 

On nous a dessoudés, déplacés, 

Disjoints les bras –  deux crucifixions 

Ne sachant que c’était la fusion 

De talents et de tendons noués…

Non désaccordés : déshonorés, 

Désordonnés…

                               Murs et trou de glaise.

 Ecartés on nous a,  tel deux aigles –

 Conjurés : des verstes, des espaces…

 Non décomposés :  dépaysés

 Aux gîtes perdus de la planète 

Déposés – deux orphelins  qu’on jette ! 

Quel mois de mars, non mais quelle date ?! 

Nous a défaits,  tel un jeu de cartes !

Marina Tsvetaïeva –  24 mars 1925

Confinement jour 7

« Il n’y a rien de plus réellement artistique que d’aimer les gens »

Vincent Van Gogh